
BIP 110 est l’une des propositions les plus controversées apparues récemment dans l’écosystème Bitcoin. Présentée comme une mesure temporaire destinée à protéger la fonction monétaire du réseau, elle cherche à limiter plusieurs méthodes utilisées pour inscrire des données arbitraires dans les transactions.
Si vous suivez l’actualité crypto et DeFi, vous savez certainement déjà que les partisans de BIP 110 considèrent que la blockchain Bitcoin ne doit pas devenir une base de données généraliste accueillant des images, des fichiers, des jetons ou des contenus sans rapport direct avec les paiements. Selon eux, ces usages augmentent inutilement le poids du réseau, sollicitent les nœuds et font monter le prix de l’espace disponible dans les blocs.
À l’inverse, ses opposants défendent une vision très différente. Pour eux, une transaction valide qui paie les frais demandés ne devrait pas être rejetée en fonction de son usage. Ils estiment que BIP 110 introduit une forme de sélection arbitraire entre les activités jugées acceptables et celles considérées comme indésirables.
La controverse dépasse donc largement les Ordinals ou les fichiers inscrits sur Bitcoin. Elle pose une question fondamentale : qui peut décider de l’usage légitime de la blockchain Bitcoin ?
En résumé : BIP 110 est une proposition de soft fork temporaire qui cherche à restreindre certaines méthodes d’intégration de données arbitraires dans les transactions Bitcoin. Son calendrier d’activation pourrait conduire à une échéance importante en août 2026, mais son adoption reste très incertaine et un manque de consensus pourrait provoquer la naissance d’une chaîne minoritaire.
Qu’est-ce que BIP 110 ?
Un BIP, ou Bitcoin Improvement Proposal, est un document décrivant une proposition d’amélioration, de modification ou de standardisation liée à Bitcoin. La publication d’un BIP ne signifie pas que la modification sera automatiquement intégrée au réseau.
Un BIP peut servir à présenter une évolution des règles de consensus, un nouveau format de portefeuille, une méthode de communication entre logiciels ou une recommandation technique. Il permet de formaliser une idée afin qu’elle puisse être étudiée, testée et débattue publiquement.
BIP 110 porte officiellement le nom de Reduced Data Temporary Softfork, que l’on peut traduire par « soft fork temporaire de réduction des données ».
Son objectif principal est de rendre temporairement invalides certaines transactions qui utilisent des champs du protocole pour stocker de grandes quantités de données arbitraires. La mesure est principalement dirigée contre les inscriptions, les fichiers et différentes techniques de stockage de données sur la couche principale de Bitcoin.
La proposition ne cherche donc pas à augmenter les capacités de Bitcoin. Elle adopte au contraire une logique restrictive : certaines transactions actuellement valides ne le seraient plus pour les nœuds appliquant les règles de BIP 110.
Pourquoi BIP 110 a-t-il été proposé ?
Le débat trouve une partie de son origine dans le développement des inscriptions Ordinals à partir de 2022 et 2023. Cette technique permet d’associer des images, du texte ou d’autres fichiers à des satoshis et de conserver ces données dans la blockchain Bitcoin.
Les Ordinals ont ensuite favorisé l’émergence de nouveaux standards et protocoles, notamment les jetons BRC-20 et les Runes. Une partie de l’activité ne correspond alors plus à un simple transfert de BTC entre deux utilisateurs. Bitcoin sert également de support à des objets numériques, à des jetons et à différentes formes de métadonnées.
Pour certains utilisateurs, cette évolution représente une innovation importante. Elle crée de nouveaux cas d’usage, augmente les revenus provenant des frais de transaction et développe une économie fondée directement sur la sécurité de Bitcoin.
Pour les promoteurs de BIP 110, cette utilisation constitue au contraire un détournement du réseau. Ils estiment que Bitcoin a été conçu pour devenir une monnaie électronique décentralisée et non une infrastructure de stockage de fichiers.
Le document officiel défend clairement cette position. Il présente Bitcoin comme une monnaie native d’Internet et considère que le stockage de données arbitraires crée des externalités négatives pour les opérateurs de nœuds.
Que changerait concrètement BIP 110 ?
BIP 110 ne repose pas sur une seule limitation. La proposition introduit plusieurs règles de consensus destinées à réduire les méthodes permettant d’intégrer de grandes quantités de données dans les transactions.
Une limite appliquée aux scriptPubKeys
La proposition rendrait invalides la plupart des scriptPubKeys dépassant 34 octets. Le scriptPubKey définit les conditions nécessaires pour dépenser une sortie de transaction.
Selon les auteurs de BIP 110, les usages monétaires modernes peuvent généralement être représentés dans cette limite. Les conditions complexes peuvent notamment être engagées par une empreinte cryptographique, tandis que les informations nécessaires à la dépense sont révélées ultérieurement.
Les grandes sorties de transaction peuvent également alourdir l’ensemble UTXO, qui recense les sorties encore disponibles. Contrairement aux anciennes données pouvant être écartées par un nœud utilisant l’élagage, l’ensemble UTXO doit rester rapidement accessible pour vérifier les nouvelles transactions.
Le retour d’une limite de 83 octets pour OP_RETURN
OP_RETURN permet d’insérer une petite quantité de données dans une sortie rendue explicitement indépensable. Comme cette sortie ne pourra jamais être dépensée, elle n’a pas besoin d’être conservée dans l’ensemble UTXO.
BIP 110 inscrirait dans les règles de consensus une limite de 83 octets pour ce type de sortie. L’objectif est d’empêcher qu’OP_RETURN soit utilisé pour stocker des quantités plus importantes de données.
Cette distinction est essentielle. Une règle de politique de relais peut être choisie localement par les nœuds et les mineurs. Une règle de consensus détermine en revanche si un bloc est considéré comme valide. BIP 110 ferait donc passer certaines restrictions du niveau de la politique locale au niveau du consensus.
Une limite de 256 octets pour plusieurs éléments de données
Le projet vise également les données placées dans certains éléments du script et du témoin des transactions. Plusieurs éléments dépassant 256 octets deviendraient invalides lorsque les nouvelles règles s’appliquent.
Le seuil a été choisi pour rendre plus difficile l’intégration de fichiers contigus, notamment des images. Une personne souhaitant contourner la règle pourrait toujours diviser un fichier en nombreux fragments, mais l’opération deviendrait plus complexe et potentiellement plus coûteuse.
Les auteurs reconnaissent que BIP 110 ne peut pas empêcher toute forme de stockage ou de stéganographie. Toute donnée peut théoriquement être découpée, transformée ou dissimulée dans une structure interprétée autrement.
La proposition cherche davantage à rendre ces pratiques moins simples et à envoyer un signal clair : le stockage arbitraire de fichiers ne serait pas considéré comme un cas d’usage officiellement pris en charge par le protocole.
Des restrictions touchant Taproot et Tapscript
BIP 110 contient également des règles concernant certaines constructions liées à Taproot. La proposition prévoit notamment des restrictions sur les annexes Taproot, la taille des blocs de contrôle et l’utilisation de certains opcodes.
L’exécution de OP_IF et OP_NOTIF dans les feuilles Tapscript serait temporairement interdite pour les nouvelles sorties concernées. Les développeurs pourraient reproduire certaines conditions en utilisant plusieurs feuilles Taproot séparées, mais cette approche n’est pas toujours aussi efficace.
Cette partie du projet alimente les critiques, car ces opcodes ne servent pas exclusivement à stocker des images. Ils peuvent aussi intervenir dans des constructions de portefeuille plus complexes, notamment certaines politiques multisignatures.
Les anciens bitcoins risquent-ils d’être bloqués ?
La réponse prévue par BIP 110 est non. La proposition comprend une clause de protection des sorties créées avant l’activation.
Les UTXO confirmés avant la hauteur d’activation resteraient soumis aux anciennes règles lorsqu’ils sont dépensés. Une sortie créée avant l’entrée en vigueur de BIP 110 pourrait donc être utilisée comme auparavant, même si son script ne respecte pas les nouvelles restrictions.
Cette exemption est importante, car il est impossible de connaître toutes les constructions déjà utilisées dans la blockchain. Sans protection, certaines pièces auraient pu devenir très difficiles à dépenser, voire être bloquées.
Les restrictions s’appliqueraient essentiellement aux nouvelles sorties créées après l’activation. À l’expiration de la mesure temporaire, les règles restrictives cesseraient de s’appliquer, sauf si une nouvelle proposition venait les prolonger ou les modifier.
Pourquoi BIP 110 est-il présenté comme temporaire ?
Le déploiement prévu durerait approximativement un an. Cette durée limitée doit permettre d’observer les conséquences de la restriction sans l’inscrire immédiatement comme une règle permanente de Bitcoin.
Les partisans de BIP 110 présentent cette période comme une mesure de protection et d’expérimentation. Le réseau pourrait ensuite décider de laisser la restriction expirer, de la renouveler ou de proposer une autre solution.
Cette temporalité ne supprime toutefois pas les inquiétudes. Une règle temporaire de consensus peut créer des effets durables sur les portefeuilles, les protocoles, les services et les comportements économiques.
Les entreprises devraient se préparer à la modification. Les développeurs adapteraient leurs logiciels. Les applications utilisant les méthodes ciblées chercheraient des contournements. Une infrastructure parallèle pourrait même apparaître autour de la branche appliquant les règles.
En pratique, une modification temporaire du consensus n’est donc pas nécessairement un événement temporaire pour l’écosystème.
Pourquoi le mois d’août 2026 est-il important ?
Le calendrier de déploiement de BIP 110 prévoit une phase de signalement par les mineurs. Une première possibilité de verrouillage existe lorsque 55 % des blocs d’une période de difficulté signalent leur soutien.
Ce seuil est nettement inférieur aux seuils très élevés utilisés lors de certaines précédentes mises à jour. Ce choix s’explique par l’emploi d’une logique proche d’un User-Activated Soft Fork, ou UASF.
Dans un UASF, des opérateurs de nœuds annoncent qu’ils appliqueront de nouvelles règles à partir d’une date ou d’une hauteur déterminée, même si l’ensemble des mineurs n’a pas préalablement manifesté son accord.
Une échéance importante devrait être atteinte au début du mois d’août 2026, autour des hauteurs de blocs définies par le mécanisme d’activation. Les nœuds appliquant le projet pourraient alors commencer à rejeter les blocs ne respectant pas les conditions prévues.
Il faut néanmoins distinguer un calendrier inscrit dans un logiciel et une activation adoptée par Bitcoin. Le fait qu’une date soit programmée ne signifie pas que l’ensemble du réseau suivra cette nouvelle règle.
BIP 110 est-il déjà adopté par Bitcoin ?
Non, BIP 110 n’est pas une mise à jour déjà acceptée par l’ensemble du réseau Bitcoin.
Le projet a été intégré au dépôt officiel des Bitcoin Improvement Proposals et son statut a été avancé à « Complete ». Cette classification signifie essentiellement que la spécification est considérée comme complète par rapport au processus documentaire du BIP.
Elle ne signifie pas que Bitcoin Core intègre la règle, que les mineurs la soutiennent ou que les utilisateurs sont parvenus à un consensus.
Le dépôt des BIP fonctionne comme un espace de documentation et d’archivage. Une idée peut y être publiée sans que les éditeurs du dépôt jugent qu’elle est souhaitable ou qu’elle doit être activée.
À la mi-juillet 2026, le signalement provenant des mineurs reste extrêmement faible. Aucun soutien massif comparable à celui observé lors des grandes mises à jour précédentes n’est visible.
Le scénario d’une activation harmonieuse sur l’ensemble du réseau paraît donc très incertain dans les conditions actuelles.
Que se passerait-il si une minorité applique BIP 110 ?
Un soft fork est compatible avec les anciennes règles dans un sens précis : les blocs respectant les nouvelles restrictions restent normalement valides pour les nœuds qui ne les appliquent pas.
En revanche, les nœuds exécutant BIP 110 rejetteraient certains blocs que les nœuds classiques considèrent comme valides. Si la majorité du hashrate continue à produire ces blocs, une branche minoritaire pourrait se séparer.
Deux chaînes seraient alors susceptibles de coexister :
- la chaîne Bitcoin principale, soutenue par la majorité de la puissance de calcul et continuant d’appliquer les règles actuelles ;
- une branche BIP 110, appliquant les restrictions supplémentaires sur les données.
La branche minoritaire avancerait plus lentement si elle ne bénéficie que d’une petite fraction du hashrate. Elle pourrait connaître des délais importants entre les blocs jusqu’à ce que sa difficulté finisse éventuellement par s’ajuster.
Les nœuds Bitcoin classiques considéreraient techniquement les blocs BIP 110 comme valides. Cependant, ils resteraient sur la chaîne possédant le plus grand travail cumulé. La validité d’une branche ne suffit donc pas à en faire la chaîne active.
Point essentiel
BIP 110 ne peut pas forcer automatiquement tous les utilisateurs de Bitcoin à adopter ses règles. Chaque mineur, nœud, portefeuille, plateforme et service choisit le logiciel qu’il exécute. Sans adhésion économique et technique suffisante, la proposition risque surtout de créer une branche très minoritaire.
Quels sont les arguments en faveur de BIP 110 ?
Préserver Bitcoin comme réseau monétaire
Le premier argument est philosophique. Les défenseurs de BIP 110 considèrent que la mission fondamentale de Bitcoin est de permettre la conservation et le transfert d’une monnaie rare, décentralisée et résistante à la censure.
Selon cette lecture, les images, les collections numériques et les jetons non-BTC détournent des ressources qui devraient être réservées aux paiements et au règlement monétaire.
Limiter le coût supporté par les nœuds
Les données inscrites dans la blockchain doivent être téléchargées, vérifiées et, selon leur nature, conservées par les nœuds. Une augmentation continue des ressources nécessaires pourrait rendre l’exploitation d’un nœud complet plus difficile pour les particuliers.
Les partisans du projet craignent qu’une hausse des coûts matériels favorise les entreprises et les grands centres de données. À long terme, cela pourrait réduire la diversité géographique et économique des opérateurs de nœuds.
Protéger l’espace des blocs pour les paiements
L’espace disponible dans chaque bloc est limité. Les transactions sont donc en concurrence et les mineurs choisissent généralement celles qui offrent les frais les plus élevés.
Lorsque la demande provenant des inscriptions augmente, les utilisateurs souhaitant transférer des BTC peuvent devoir payer davantage ou attendre plus longtemps. Les défenseurs de BIP 110 estiment qu’un usage non monétaire ne devrait pas rendre les paiements plus coûteux.
Éviter que le stockage de données devienne indispensable
Plus un secteur se développe autour d’une fonctionnalité, plus il devient politiquement et économiquement difficile de la supprimer. Les promoteurs de la proposition veulent intervenir avant que le stockage de données ne devienne une composante considérée comme indispensable de Bitcoin.
Ils craignent qu’une absence de réaction soit interprétée comme une approbation permanente de cet usage.
Quels sont les arguments contre BIP 110 ?
Une transaction valide ne devrait pas être jugée sur son usage
Les opposants considèrent que le réseau ne devrait pas distinguer une transaction financière d’une transaction portant une inscription. Si la transaction respecte les règles et paie les frais exigés par le marché, elle devrait pouvoir être incluse dans un bloc.
Déterminer qu’un usage est légitime et qu’un autre ne l’est pas introduirait une forme de contrôle social dans le consensus.
Le précédent pourrait être plus dangereux que les données
La principale inquiétude ne concerne pas nécessairement les limites techniques elles-mêmes. Elle porte sur le précédent créé par une modification du consensus visant un groupe particulier d’utilisateurs.
Aujourd’hui, la cible serait le stockage de fichiers. Demain, une autre majorité pourrait vouloir limiter des services de confidentialité, des systèmes de jetons, des structures multisignatures ou des transactions considérées comme politiquement indésirables.
Les inscriptions peuvent contourner la restriction
BIP 110 ne peut pas éliminer toutes les données arbitraires. Les développeurs peuvent découper un fichier en fragments inférieurs à la limite, modifier la manière dont les données sont encodées ou employer d’autres parties des transactions.
Des développeurs liés à Ordinals ont déjà étudié des méthodes permettant de fragmenter les inscriptions afin de respecter les nouvelles limites. Le projet pourrait ainsi compliquer ces usages sans réellement les supprimer.
Une modification du consensus est disproportionnée
Certains critiques considèrent que les filtres de mempool et les politiques de relais constituent un terrain plus approprié. Un nœud ou un mineur peut déjà décider de ne pas relayer certaines transactions sans modifier la définition globale d’un bloc valide.
Faire passer le conflit au niveau du consensus augmente fortement les conséquences d’un désaccord. Une divergence de politique de relais n’entraîne pas nécessairement une séparation de chaîne. Une divergence de consensus, elle, peut provoquer un fork.
Les mineurs ont intérêt à accepter les transactions rentables
Les inscriptions peuvent générer des frais importants. À mesure que la récompense de bloc diminue après chaque halving, les frais doivent progressivement occuper une place plus importante dans le budget de sécurité de Bitcoin.
Écarter volontairement une source de demande pour l’espace des blocs pourrait réduire les revenus des mineurs. Les opposants estiment que le marché des frais devrait décider de l’allocation de cet espace.
BIP 110 pourrait-il réduire les frais de transaction ?
Une baisse durable des frais n’est pas garantie.
Si les inscriptions représentent une part importante de la demande et si BIP 110 les empêche réellement, la concurrence dans le mempool pourrait diminuer. Les transferts classiques de BTC bénéficieraient alors de frais plus faibles.
Mais plusieurs facteurs limitent cette conclusion :
- les créateurs d’inscriptions peuvent adapter leurs méthodes ;
- les données peuvent être divisées en davantage de transactions ;
- une hausse du nombre de fragments pourrait maintenir la demande ;
- les frais dépendent également de l’activité financière générale ;
- une branche minoritaire BIP 110 ne modifierait pas les frais de la chaîne principale.
Il est donc trop tôt pour présenter BIP 110 comme une solution certaine à la congestion ou aux frais élevés.
Quel serait l’impact sur Ordinals, BRC-20 et Runes ?
Les applications dépendant de grandes quantités de données contiguës devraient modifier leur fonctionnement. Certaines inscriptions actuelles ne pourraient plus être créées de la même manière sur une chaîne appliquant BIP 110.
Les protocoles pourraient néanmoins fragmenter les données et les reconstituer hors chaîne. Cette adaptation ajouterait de la complexité, mais ne rendrait pas nécessairement les Ordinals impossibles.
Les jetons BRC-20 et Runes ne seraient pas automatiquement supprimés. BIP 110 ne prétend pas interdire tous les jetons autres que BTC. L’impact dépendrait de la manière précise dont chaque protocole encode ses informations.
Les collections et jetons existants ne disparaîtraient pas non plus de l’historique. La blockchain conserverait les transactions déjà confirmées. Les restrictions porteraient principalement sur les nouvelles sorties et les nouvelles inscriptions après l’activation.
Les détenteurs de Bitcoin doivent-ils faire quelque chose ?
Pour un détenteur conservant simplement ses BTC dans un portefeuille non dépositaire, aucune action immédiate n’est nécessaire.
Il est inutile de déplacer ses bitcoins uniquement à cause de l’annonce de BIP 110. Les sorties créées avant une éventuelle activation sont par ailleurs explicitement protégées par le mécanisme prévu.
La prudence deviendrait toutefois importante en cas de séparation réelle entre deux chaînes. Les plateformes pourraient suspendre temporairement les dépôts et les retraits afin d’éviter les doubles dépenses ou les erreurs de traitement.
Un utilisateur qui tenterait de réclamer ou de déplacer des actifs sur une éventuelle branche minoritaire devrait également se renseigner sur les risques de rejeu. Une transaction diffusée sur une chaîne peut parfois être reproduite sur l’autre lorsque les protections sont insuffisantes.
La meilleure approche consiste donc à surveiller :
- le soutien réel des pools de minage ;
- les versions déployées par les opérateurs de nœuds ;
- les annonces des principaux portefeuilles et exchanges ;
- la puissance de calcul présente sur chaque branche ;
- la liquidité et la reconnaissance économique d’une éventuelle nouvelle chaîne.
BIP 110 menace-t-il le prix du Bitcoin ?
La proposition ne modifie pas directement l’offre maximale de 21 millions de BTC, le rythme d’émission ou le mécanisme de preuve de travail de la chaîne principale.
Son influence sur le prix serait donc surtout indirecte. Une activation largement soutenue et bien préparée pourrait être absorbée sans conséquence majeure. Un conflit prolongé accompagné d’une séparation de chaîne créerait en revanche de l’incertitude.
Les exchanges pourraient ralentir les opérations, les investisseurs pourraient hésiter à déplacer leurs BTC et les marchés dérivés pourraient connaître une hausse de la volatilité.
À l’inverse, l’histoire de Bitcoin montre que la difficulté à modifier le consensus peut aussi être perçue comme une force. Le rejet d’une proposition controversée confirmerait que ni un développeur, ni un groupe de mineurs, ni une personnalité influente ne peut imposer seul de nouvelles règles.
Pour approfondir l’évolution du marché
Les débats techniques autour de BIP 110 ne suffisent pas à déterminer la tendance du BTC. Le prix dépend aussi des flux institutionnels, de la liquidité, de la politique monétaire et de la structure du marché.
Consultez notre analyse technique et fondamentale du Bitcoin.
BIP 110 et eCash : deux événements à ne pas confondre
Le calendrier de BIP 110 coïncide avec un autre projet annoncé pour août 2026 : la création d’une nouvelle chaîne eCash associée à Paul Sztorc.
Les deux événements sont indépendants.
BIP 110 cherche à ajouter des règles restrictives à Bitcoin par l’intermédiaire d’un soft fork. La chaîne eCash de Paul Sztorc serait un hard fork assumé, créant un réseau indépendant à partir d’une copie de l’historique de Bitcoin.
Dans le premier cas, les partisans souhaitent que leur règle soit reconnue comme une évolution de Bitcoin. Dans le second, le projet prévoit directement la naissance d’une nouvelle blockchain et d’un nouvel actif.
Mediasnet.net consacrera une analyse séparée à ce hard fork afin de détailler son fonctionnement, la distribution annoncée et les risques pour les détenteurs de BTC.
FAQ sur BIP 110
Qu’est-ce que BIP 110 ?
BIP 110 est une proposition de soft fork temporaire destinée à limiter certaines méthodes permettant de stocker des données arbitraires dans les transactions Bitcoin. Son nom officiel est Reduced Data Temporary Softfork.
BIP 110 est-il déjà actif sur Bitcoin ?
Non. La proposition possède une spécification complète et un calendrier d’activation, mais elle n’est pas adoptée par l’ensemble du réseau. Le soutien des mineurs reste extrêmement faible à la mi-juillet 2026.
Quand BIP 110 pourrait-il être activé ?
Une étape importante du calendrier est attendue au début du mois d’août 2026. Une éventuelle application effective des nouvelles règles interviendrait ensuite selon les hauteurs de blocs et les conditions définies dans le mécanisme d’activation.
Pourquoi BIP 110 cible-t-il les Ordinals ?
Les inscriptions Ordinals permettent de placer des images, du texte et d’autres fichiers dans les transactions Bitcoin. Les défenseurs de BIP 110 estiment que cet usage détourne Bitcoin de sa fonction monétaire et augmente le coût supporté par les nœuds.
BIP 110 supprimerait-il les Ordinals existants ?
Non. Les données déjà confirmées resteraient dans l’historique de la blockchain. BIP 110 limiterait certaines méthodes utilisées pour créer de nouvelles inscriptions après son activation.
Les développeurs peuvent-ils contourner BIP 110 ?
Oui, au moins partiellement. Les fichiers peuvent être fragmentés en plusieurs petits éléments ou encodés différemment. BIP 110 compliquerait le stockage arbitraire sans pouvoir l’éliminer totalement.
BIP 110 pourrait-il créer une nouvelle cryptomonnaie ?
Ce n’est pas son objectif initial. Toutefois, si seule une minorité de nœuds et de mineurs applique les nouvelles règles, une chaîne séparée pourrait apparaître. Elle devrait alors obtenir son propre hashrate, sa propre liquidité et le soutien d’acteurs économiques pour survivre.
Les BTC conservés dans un portefeuille sont-ils menacés ?
Les BTC ne devraient pas être bloqués. La proposition protège explicitement les UTXO créés avant l’activation. En cas de fork réel, il serait néanmoins prudent d’attendre que la situation se stabilise avant de déplacer des fonds sur une chaîne minoritaire.
Pourquoi le seuil de 55 % est-il controversé ?
Ce seuil est considéré comme faible pour une modification des règles de consensus. Les critiques craignent qu’une activation avec un soutien insuffisant de la puissance de calcul augmente le risque de séparation durable entre deux chaînes.
Bitcoin Core applique-t-il BIP 110 ?
Bitcoin Core n’applique pas actuellement les règles de BIP 110. Un mineur souhaitant produire des blocs compatibles devrait utiliser un logiciel adapté ou construire ses modèles de blocs avec des outils externes capables d’exclure les transactions jugées invalides par la proposition.
Conclusion : BIP 110 teste surtout la gouvernance de Bitcoin
Présenter BIP 110 comme une simple lutte contre les images ou les jetons sur Bitcoin serait réducteur. La proposition confronte plusieurs visions du réseau.
Une première vision considère Bitcoin comme une monnaie spécialisée. Chaque octet utilisé à une autre fin représente une charge supplémentaire et une concurrence pour les paiements. Dans cette perspective, limiter les inscriptions protège la décentralisation et la mission originelle du protocole.
Une seconde vision considère l’espace des blocs comme un marché ouvert. Toute transaction respectant les règles et payant les frais devrait pouvoir être confirmée, quel que soit l’usage imaginé par son créateur. Restreindre cet espace selon des critères subjectifs menacerait la neutralité de Bitcoin.
L’absence actuelle de soutien significatif des mineurs rend une adoption généralisée de BIP 110 peu probable sans évolution majeure du rapport de force. L’échéance d’août reste néanmoins importante, car elle pourrait conduire les nœuds favorables au projet à appliquer leurs nouvelles règles indépendamment du reste du réseau.
Le résultat permettra surtout d’observer comment Bitcoin résout un conflit de gouvernance sans conseil d’administration, sans autorité centrale et sans vote formel universel.
Si la proposition échoue, elle démontrera une nouvelle fois la résistance du consensus aux changements controversés. Si elle obtient un soutien inattendu, elle pourrait redéfinir les limites de ce qui est considéré comme un usage acceptable de la blockchain.
Dans les deux cas, BIP 110 constitue déjà un épisode important de l’histoire de Bitcoin. Il rappelle que la décentralisation ne supprime pas les conflits : elle oblige les participants à les résoudre sans qu’aucun acteur puisse imposer seul sa décision.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue ni un conseil financier ni une recommandation d’achat ou de vente. Les propositions de modification du protocole Bitcoin peuvent évoluer rapidement. Avant d’utiliser un logiciel lié à un fork ou de déplacer des fonds sur une chaîne alternative, vérifiez les informations techniques auprès de plusieurs sources indépendantes.


